Contenu | Menu

Valeurs EM Strasbourg
Autres sites
Valeurs EM Strasbourg

Peut-on risquer de s'alimenter de manière contraire à l'éthique ?

Publié le 15 janvier 2016, Mis à jour le 20 janvier 2016

Lors de la journée de l'éthique 2015, l'EM Strasbourg a reçu Laurent Spanghero, fondateur de la société « A la table de Spanghero » créée en 1970 à Castelnaudary et Jean-Louis de Valmigère, ancien restaurateur et délégué général de l’« Association pour la création d’un Institut d’éthique». Ils ont tous deux mis en évidence la réponse à cette question : lorsque notre alimentation est gérée de manière non-éthique, les conséquences sont désastreuses. Un débat animé par Isabelle Barth, directrice de l'EM Strasbourg Business School.

Entrant d’emblée dans le vif du sujet, Isabelle Barth rappelle deux crises alimentaires majeures, celle dite de "la vache folle" et celle de la viande de cheval. La première a ébranlé l’Europe entière en 1996, la seconde a frappé la société Spanghero en 2013.


Faire fi de l'éthique au nom du profit

« Ces deux crises relèvent d’un manque d’éthique évident » explique Laurent Spanghero.  « Dès 1986, on savait que le prion responsable de la maladie de Creutzfeld-Jacob était transmissible de la vache à l’homme mais les anglais ont fait la sourde oreille et, en 1996, lorsque mes collègues m’ont demandé de prendre la présidence de la Fédération française de viande, nous nous sommes aperçus qu’à l’origine de cette crise se trouvait un fabricant de farines alimentaires pour bétail installé en Bretagne. Ses produits à prix intéressants offraient une marge substantielle aux éleveurs. Il a fait fi de l’éthique au nom du profit mais n’a jamais été inquiété alors que la crise a coûté plusieurs centaines de vies humaines et des milliards à l’Europe. »

L'absence de sanctions : une porte laissée ouverte aux dérives

En ce qui concerne le scandale de la viande de cheval substituée à la viande de bœuf dans les produits de la marque qui porte son nom, Laurent Spanghero a rappelé que la société familiale avait préalablement été cédée à une coopérative basque qui avait souhaité garder le nom d’origine de l’entreprise. « S’approvisionnant en Roumanie - pays où un abattage massif de chevaux avait rendu cette viande particulièrement compétitive – la coopérative  repreneuse s’est rendue coupable de tromperie avérée en faisant croire que ses produits étaient confectionnés à base de bœuf. Elle n’était pas la seule en Europe mais c’est son nom qui est apparu et la fraude était indiscutable » a souligné Laurent Spanghero qui a décidé, à l’époque, de reprendre l’entreprise « assassinée ». Il l’a sauvée mais déplore, dans ce cas comme dans celui de la vache folle, que « la justice n’ait pas fait son travail puisqu’à ce jour, personne n’a été condamné. »

L’Union européenne a un rôle à jouer

« Ces deux crises ont eu un énorme impact sur les consommateurs, rapelle Isabelle Barth. Lors de l’affaire de la vache folle notamment, on s’est aperçu que l’on pouvait mourir en mangeant de la viande… ».
« C’est toute la filière amont qui a été mise en cause à l’époque, confirme Laurent Spanghero. Cette crise a fait comprendre à tous qu’il était exclu de nourrir les animaux avec des produits issus d’autres animaux mais elle n’a pas résolu tous les problèmes. Sacrifier l’éthique sur l’autel de la compétitivité peut se faire à bien des niveaux dont celui des coûts salariaux. En la matière, la réponse ne peut venir que d’une plus grande cohérence sociale au sein de l’Union européenne afin d’aplanir des distorsions de concurrence telles que celles qui apparaissent, par exemple, entre la France et l’Allemagne. »

Le manque d'éthique, un choix désastreux à long terme.

En ce qui concerne le devoir d’alerte imparti au personnel des entreprises concernées, Laurent Spanghero souligne que « beaucoup de gens savaient que c’était de la viande de cheval et non du boeuf». Le responsable de production a réagi, on lui a répondu « travaille et tais-toi » et il est mort d’une crise cardiaque trois mois après la révélation du scandale. « L’informaticien en charge des factures, le contrôleur de qualité, le réceptionnaire… eux aussi savaient mais ils ont été achetés par des primes qui ont assuré l’omerta… »

« Toute entreprise s’inscrit dans une société gérée par le politique » expose Jean-Louis de Valmigère, persuadé que la prise de conscience de l’importance de l’éthique doit s’inscrire au plus haut niveau décisionnel. « Trancher en faveur de la performance économique immédiate peut se révéler désastreux en terme de coûts à long terme, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la santé publique mise à mal par des produits tels que l’huile de palme ». Le coût réputationnel des crises alimentaires est aussi à prendre en compte, ainsi que la difficile gestion de la communication en ces circonstances exceptionnelles.

S’alimenter de manière éthique, un enjeu crucial pour les années à venir.

La viande de bœuf est la plus chère à produire et la plus impactante en termes environnementaux, et sa consommation par ailleurs va augmenter dans le monde asiatique en proportion plus forte qu’elle ne diminuera en Occident.
L'une des voies à suivre : produire plus éthique. Prendre en compte la souffrance animale lors de l’abattage et réfléchir au bien fondé des élevages industriels. Ne pas oublier non plus que supprimer les troupeaux de vaches a aussi des conséquences sur l’environnement surtout dans un pays comme la France qui a la chance d’avoir des piémonts avec de beaux herbages. « Les animaux sont les jardiniers de certaines régions, a rappelé Laurent Spanghero, il faut aussi prendre cette dimension en compte. ».


Partagez ! Recommandez !

Liens directs

Suivez-nous

EM Strasbourg Business School
61 avenue de la Forêt-Noire
F-67085 Strasbourg Cedex
PARTENAIRES
  
 
    Nos réseaux              Nos labels
Image de fond

Connexion