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Éthique

« Ce n’est pas l’entreprise qui est éthique mais les personnes qui la composent »

Publié le 9 décembre 2015, Mis à jour le 14 décembre 2015

L’éthique. Comment, en entreprise, s’illustre cette notion souvent abstraite ? Avec des règlements ? Un management différent ? Yann Hervé Martin, professeur agrégé de philosophie et conférencier à l’EM Strasbourg Business School, détricote quelques idées reçues et souligne les ambivalences de l’éthique en entreprise. Il estime que les managers et futurs managers ont un rôle crucial à remplir.

Yann Martin, professeur agrégé de philosophie et conférencier à l’EM Strasbourg Business School

Yann Martin, professeur agrégé de philosophie et conférencier à l’EM Strasbourg Business School

Est-ce toujours pertinent de débattre sur l’éthique dans un contexte de crise économique ?
Yann Martin : "Plus que jamais ! La crise que nous traversons est avant tout une crise morale. Elle a pour origine vingt ou trente ans de soumission de l’éthique à l’impératif économique. Cette situation a créé un système instable, qui s’est effondré avec la banque Lehman Brothers en 2008. Le récent scandale Volkswagen - le constructeur automobile a faussé les tests de mesures des émissions polluantes de plusieurs de ses modèles - est un exemple parmi d’autres de manquements éthiques. Il prouve que cette problématique reste centrale dans notre société."

Comment définir cette notion d’éthique sous le prisme managérial ?

YM : "C’est le respect absolu et inconditionnel de la dignité de chaque individu. Cela comprend trois grandes vertus. D’abord, le respect de l’égalité des personnes malgré les inégalités hiérarchiques. Ensuite, la bienveillance au sens littéral du terme, c’est-à-dire veiller au bien être de chacun. Il ne s’agit pas ici de confort, mais de respect inconditionnel de la personne humaine. Enfin, l’éthique s’illustre par une 3ème vertu, le courage de se dresser contre les injustices, de prendre des décisions difficiles, de ne pas céder à la loi du dominant. C’est le contraire du conformisme social et cela nécessite des convictions humaines fortes."

Comment appliquer ces valeurs en entreprise ?

YM : "L’éthique n’est possible qu’à partir du moment où l’on reconnaît qu’une entreprise, c’est avant tout des hommes et des femmes. Autrement dit, ce n’est pas l’entreprise qui est éthique mais les personnes qui la composent. L’économie est au service de l’humain et non l’inverse. Quand vous acceptez ce principe, il faut définir comment accompagner, soutenir, récompenser ces hommes et ces femmes dans le respect de ces valeurs."

Les fonctions managériales semblent jouer un rôle très important...

YM : "Elles sont centrales. Je ne crois pas aux démarches, aux stratégies ou aux protocoles pour instituer des normes éthiques car l’éthique tient avant tout à des individus et à des relations interpersonnelles. Il est décisif, pour les personnes en situation de responsabilités, de les exercer avec une vraie empathie. C’est eux qui feront réellement la différence, notamment sur les questions liées à la souffrance au travail."

Les problématiques d’éthique et souffrance au travail sont donc liées ?
YM : "Absolument. Dans la perspective managériale, il existe un paradoxe : l’éthique repose sur l’égalité alors qu’une entreprise est forcément hiérarchisée. Seulement, il ne faut pas confondre supériorité hiérarchique et supériorité personnelle. Lorsque cette confusion existe, les comportements en entreprise ne sont plus éthiques. Ils contribuent à la souffrance au travail des salariés, au même titre qu’un management défaillant caractérisé par des injonctions multiples et paradoxales, des objectifs parfois inatteignables..."

Quid des ressources humaines ?
YM : "Vu de façon pragmatique, l’éthique passe un recrutement varié, afin de respecter le droit au travail et à l’épanouissement professionnel de chacun. La diversité est une chance, non une contrainte. Elle évite de sombrer dans les stéréotypes, les mêmes idées, les mêmes manières de faire... L’intégration de personnes handicapées, la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) ou le souci écologique par exemple entrent aussi dans cette aspiration éthique. C’est l’exigence première que devrait avoir toute organisation, entreprise, parti..."

Quels sont les principaux écueils à éviter pour intégrer cette exigence éthique ?
YM : "Notre rapport à l’éthique est devenu un peu biaisé, cosmétique. Personne ne dira que son organisation n’est pas éthique. Mais l’immoralité commence quand l’éthique devient un alibi de la communication. Quand ces déclarations n’aboutissent pas à des décisions concrètes et à un changement des comportements. Créer une salle de pause pour ses salariés tout en continuant à les « maltraiter », cela ne change strictement rien !"

Quels autres freins subsistent ?
YM : "Nous-même ! La vie sociale nous pousse naturellement à privilégier nos intérêts particuliers, qui entrent parfois en contradiction avec nos dispositions morales. C’est pourquoi il est toujours difficile de mettre en place des normes éthiques et, surtout, de les appliquer."

Comment envisagez-vous l’avenir des questions éthiques ?
YM : "Le principe du « pas vu, pas pris », encore très largement répandu dans nos sociétés, constitue le plus grand défi éthique. Tant que cette mentalité perdurera, l’immoralité aura encore de beaux jours devant elle... Cela dit, de nombreux progrès ont été réalisés depuis les années 80 et 90. A cette époque, les études sur la souffrance au travail ont placé l’éthique sur le devant de la scène. Les entreprises ont changé leurs comportements par pragmatisme - ils étaient contre-productif économiquement - non par conviction."
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